Jongué… jusqu’au bout des ongles !

Photo de couverture: https://www.instagram.com/hawa.sck

Jongué[1]… Ce mot, qui veut tout dire et rien à la fois, flatteur et assassin, censé caractériser la « vraie femme sénégalaise », comme l’on se plairait à dire à l’intérieur de nos frontières, mais encore et surtout, au-delà de celles-ci. Jonguéisme… Ce mal qui ronge nos femmes, les divertit, leur fait tourner la tête, les asservit pour les enfermer dans une prison dorée, grignote leur temps si précieux, assiège leur matière grise pour détourner leur créativité, engloutit leurs économies… Avant de les conduire à se perdre dans un brouhaha indescriptible, une course effrénée dont l’objectif est d’être la détentrice des dernières astuces, d’être au fait des dernières tendances. Alors qu’en vérité, la course ne se termine jamais ; il y a toujours plus fou, plus audacieux, plus osé, plus créatif, plus séduisant, plus sensuel, plus, plus, plus… toujours plus. Tout cela, en préservant le mythe de la femme irrésistiblement coquette et coquine.

En fin de compte, cela fait beaucoup !

Ces mots, ce discours, risquent de froisser, d’agacer :

« Mais quand même, à chacune ses centres d’intérêt, ses envies et ses aspirations ! »

« Tout le monde ne veut pas forcément ce que tu veux, mais arrête de saouler les gens en fait. »

« Ton ambition est de courir derrière ta carrière et d’entreprendre, la mienne est de m’occuper de mon homme ! »

« Et puis hein, on est en démocratie… Si autre chose t’intéresse, va faire cela ! »

Ma pensée devra quand même être immortalisée, avant que je n’adopte ce dernier conseil. Ladies, ce billet s’adresse d’abord à moi, et ensuite à vous.

https://www.instagram.com/melaniin.goddess

Je ne vous dis nullement que c’est une perte de temps de vous faire belles, de vous chouchouter ; de vous sentir comme des gladiateurs lorsque perchées sur vos talons hauts, vous avez l’impression d’avoir le monde à vos pieds. Je ne vous dis pas que vous ne devriez pas, pour vous faire plaisir, demeurer sur votre 31, prendre soin de votre peau, enduire vos pulpeuses lèvres de « Ruby Woo » et faire planer autour de vous, un soupçon appuyé de « la vie est belle. » Je ne vous dis pas de ne pas vous délecter des effluves de l’encens, héritage de Maam Isseu ; je ne vous défends pas les senteurs enivrantes du gongo[2], ni le goût exquis de l’eau aromatisée au cepp[3], « laveur » et purifiant, sur la langue asséchée par la soif de séduire. Tout cela est beau, profondément humain, et magnifiquement sénégalais.

J’aurais juste souhaité, oh ladies, que vous vous perchiez dans ces escarpins plus souvent pour négocier des contrats, défendre votre point de vue et diriger des équipes. Je souhaiterais plus souvent, vous voir théoriser sur le « comment retenir sa femme », ou encore « les clés du plaisir féminin. » Je souhaiterais plus souvent, vous entendre parler de votre prochain projet professionnel, de développement personnel, éducatif ou encore du prochain challenge à l’encontre duquel vous souhaitez vous mesurer. Je souhaiterais vous voir réfléchir en ce moment, à des moyens d’investissement et d’épargne productive, plutôt que de vous entendre planifier la manière dont vous éclipserez vos « wuju pécorgo »[4] au moment fatidique de distribution des « sukëru koor »[5], qui ne sont désormais plus sucre adoucissant les relations, mais que « pukëré »[6] édulcoré à la sauce « deffaneté. »[7]

J’aurais souhaité tant de choses encore… Mais cela rendrait ce billet encore plus long. Je m’en vais donc commencer par entreprendre un bilan personnel, dont la démarche sera de remettre en question mes habitudes et automatismes, afin d’identifier plus facilement les éventuels goulots d’étranglement dictés par l’obsession d’être la plus « jongué. » Se rappeler sans cesse que le centre de notre monde ne devrait aucunement être occupé par un homme, ou encore par le regard des autres, ou le « qu’en dira-t-on ». Si l’on n’arrive pas encore à y placer le Tout-Puissant et son adoration, faisons au moins l’effort narcissique de nous y placer. Risquons la folie pour qu’au moins, dans ce cas, les efforts d’investissements fournis voient leurs fruits réinvestis dans une entreprise personnelle.

Sénégalaisement vôtre !

[1] Coquette, astucieuse

[2] Poudre d’encens parfumée

[3] Plante aromatique utilisée pour parfumer l’eau de table

[4] Belle-sœur (épouse du frère du mari)

[5] Littéralement, sucre du Ramadan

[6] Voyeurisme

[7] Confrontation, bataille rangée

3 réflexions sur “Jongué… jusqu’au bout des ongles !

  1. Adji Ndiaye dit :

    Pour moi « jongué » rime avec hypocrisie…. Personne ne pourra me faire avaler qu il existe des femmes dont la seule source de plaisir est de faire plaisir à l homme tout puissant et ses collatéraux….. Faire semblant au point de risquer l aliénation pure et simple… Je ne suis pas « djongué » et j espère ne jamais le devenir…. Merci gnagna pour tes billets toujours pertinents.

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