Non, ce 8 mars, je ne veux pas être célébrée

Mois de la femme. Offres publicitaires et commerciales alléchantes, diners et spectacles dédiés, déjeuners d’entreprise, taaxuran en l’honneur des mères de l’humanité. Petit-déjeuner, bouquet de fleurs, bons de réduction, massages offerts. Tant d’attentions pour célébrer le 8 mars, érigé dans nos contrées et au-delà, au sacrosaint statut de journée de « célébration de la femme. »

Au-delà de la récupération commerciale qui m’indigne au plus haut point, mais qui est également devenue tellement commune qu’elle n’en est plus impressionnante tant sa généralisation en a fait une banalité, je prends ma plume aujourd’hui pour jouer les trouble-fête. Oui, je deviens aujourd’hui cette voix nasillarde, pas pour dire que « la femme devrait être célébrée tous les jours » comme le défendraient certains, mais pour jouer à la puriste, donneuse de leçons, fondamentaliste croyant tout savoir qui ose lancer : « non, ce 8 mars, je ne veux pas être célébrée. »

N’ayant pas connu assez d’hivernages pour remonter dans mes souvenirs et chercher les premières apparitions de cette journée, je n’irai pas dans l’argumentaire visant à identifier le moment où le message original de cette journée a été perdu. Je refuse de m’engouffrer dans la spirale du pourquoi du comment, par paresse plus qu’autre chose. Je me permets plutôt, si vous le permettez, chers lecteurs, d’en revenir au pourquoi de cette journée, en retournant d’abord à son appellation originale : « journée internationale des femmes », qu’il est nécessaire, selon nombre d’avis que j’épouse avec empressement et allégresse, de repréciser en parlant de « journée internationale de lutte pour les droits des femmes. » Je vous entends déjà de loin scander : « féministes you soof yi, tchipppppppp », et rouler les yeux telle Fatou Mbaay quand Jaly lui annonça qu’il la quittait pour une autre. Et vous avez bien raison de vous exclamer en ces termes. 

Parce qu’à la base, cette journée a été inspirée d’une longue tradition de luttes : pour l’accès au suffrage universel, à de meilleures conditions de travail ; pour l’accès à l’éducation, à la santé, à la propriété, à la liberté d’expression pour ne citer que ces quelques points. Parce qu’il s’agit, de ma compréhension, d’une occasion de faire le point, tirer un bilan, et réfléchir sur des plans d’actions concrets permettant de faire évoluer le statut quo vers une réalité sociale plus proche de nos valeurs négro-africaines et de tradition musulmane. 

D’un point de vue local, j’estime que cette journée devrait être l’occasion de mettre sur la table de véritables chantiers à attaquer, dans l’immédiat, pour nous permettre de réaliser des progrès significatifs permettant des améliorations concrètes aux conditions de vie des femmes, notamment : 

  • une revue profonde et exhaustive du code de la famille ; 
  • une évolution du code de travail pour une meilleure prise en charge de la maternité, mais aussi de la paternité ; 
  • une réflexion sur des mesures permettant de résoudre la question des inégalités salariales liées au genre ;
  • la prise en charge juridique et sociale des instances de discrimination envers les femmes, en particulier dans le monde professionnel.

Pardonnez le fait que les mesures qui me viennent à l’esprit se limitent pour la plupart au milieu professionnel. Ce n’est là point une négation des autres axes de lutte tout aussi importants,qui affectent le quotidien des femmes de nos pays, mais plutôt un aveu de la nature limitée de la réflexion que je suis en mesure de produire, moi qui ne suis que le fruit de mes piètres réflexions et expériences. Cette limitation significative me permet donc de vous inviter à me rejoindre dans cette définition d’axes de réflexion dans le cadre de la lutte pour les droits des femmes au Sénégal : quelles sont, selon vous, les priorités à verser au débat social ?

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